La classe inversée en éducation physique, des dispositifs à part ?

La discipline EPS est également spécifique pour l’enseignant de par les lieux utilisés (gymnase, piscine, stade) qui le mettent dans une position très différente de ses collègues qui évoluent en classe, avec des élèves assis. On a alors du mal à comprendre comment inverser la classe  peut être bénéfique pour l’élève dans un gymnase.

 

Cette présentation assez classique de l’éducation physique, discipline « à part entière et entièrement à part », doit nous permettre de poser les bases d’une inversion de la classe propice aux apprentissages moteurs des élèves. Pour nous, la clé réside dans la possibilité de faire sortir la leçon d’EPS de son cadre habituel. Nous verrons que la démarche de classe inversée peut être un moyen de préparer la leçon que l’élève va vivre. Elle peut également un moyen de poursuivre la leçon et enfin un moyen de laisser une trace des apprentissages en EPS. Il est également important d’évoquer les contenus d’enseignement que l’on aborde à travers une classe inversée en EPS. Les connaissances déclaratives sont les plus faciles à présenter. Mais les savoir-faire, notamment à travers des feedback de productions motrices, peuvent également trouver leur place dans certaines classes inversées. Enfin, les attitudes (et tout ce qui renvoie au savoir-être) peuvent, dans une moindre mesure, également être abordées. Si la place de la capsule vidéo est centrale dans les dispositifs que nous allons présenter, nous verrons également que d’autres mediums sont possibles.

Avant de rentrer dans de plus amples détails, il semble important de rappeler qu’il n’existe pas un modèle unique de classe inversée. Il y en a plusieurs, il y en a même autant que d’intentions pédagogiques. La démarche d’inversion est d’abord un outil pédagogique qui n’existe que par la fonction qu’il remplit, celle de contribuer aux apprentissages des élèves.

 

Préparer la leçon

Le modèle « classique » de la classe inversée invite l’enseignant à présenter succinctement une notion aux élèves en amont de la leçon et souvent sous la forme d’une vidéo. Marie Soulié parle par exemple de « mise en bouche » avant d’engager le travail dans la classe. Les mises en oeuvre sont multiples et il serait vain de vouloir les détailler de façon exhaustive. Il s’agit de comprendre que l’inversion concerne ce qui se passe en amont du travail en classe. C’est particulier en EPS dans la mesure où les notions sont d’abord des savoirs du corps issus des pratiques sportives auxquelles l’enseignant à recours. Ainsi, en EPS, il est possible de présenter une technique sportive qui sera abordée dans le cours suivant. Mais, même si une familiarisation avec un geste sportif peut avoir des effets bénéfiques sur son apprentissage, l’élève a besoin de pratiquer, le plus souvent en groupe et surtout dans les conditions de pratique du groupe classe. Dans le même ordre d’idée, certaines connaissances déclaratives peuvent être présentées en amont du cours d’EPS. Même si ces savoirs sont très souvent liés à la pratique et ne sont maîtrisés qu’à travers la pratique, il peut être intéressant de les évoquer en amont. On peut ainsi prendre l’exemples de certaines règles du jeu, de certains principes d’action ou de certaines règles de fonctionnement (liées par exemple à certains lieux de pratique spécifiques, comme les piscines par exemple). Ces formes de classes inversées en EPS sont parmi les plus fréquentes.

D’autres propositions existent cependant. C’est le cas de celle de Fabien Cochard dans l’académie de Paris. Partant du principe qu’émotions et apprentissages sont intimement liés et du constat que la piscine est un lieu de pratique particulièrement anxiogène pour l’élève débutant, cet enseignant, membre du groupe EPS et numérique de l’académie de Paris (GIPTIC), propose de présenter les grandes lignes de sa leçon de natation (et notamment les moments possiblement bloquants pour les élèves : mettre la tête sous l’eau) en vidéo, réalisée par une autre classe. Voyant leurs pairs réaliser les exercices avant de pratiquer eux-mêmes, certains élèves ayant des appréhensions s’en trouvent rassurés. De plus, l’enseignant gagne un  précieux temps d’organisation, dans la mesure où les élèves se représentent plus facilement ce qu’il y a à faire. En effet, les démonstrations sont limitées en natation et les piscines sont souvent bruyantes, rendant délicat l’explication des consignes. Cette dernière est ainsi facilitée par la présentation de ce qu’il y a à faire en amont de la séance. C’est également le lieu d’engager un dialogue avec les parents en leur montrant ce qui est fait en cours.

Ainsi, de nombreux enseignants d’EPS engagés dans des dispositifs de classe inversée proposent à leur élèves des contenus d’enseignement en amont de la leçon. Qu’il s’agisse de gestes, de notions techniques, tactiques ou règlementaires, ces contenus sont d’abord des apports de connaissances qui seront ensuite mises en pratiques pendant la leçon. D’autres “inverseurs“ utilisent les productions motrices des élèves pendant la leçon pour y revenir avant la leçon suivante.

La spécificité de l’EPS est à double niveau, lorsque l’on se place du point de vue de l’élève et de celui de l’enseignant. Pour l’élève, ce sont les connaissances procédurales qui sont au coeur de son travail. Bien sur, les connaissances déclaratives et les attitudes sont également abordées, mais elles se construisent autour de la pratique physique de l’élève. On peut alors se poser la question de l’impact de la classe inversée sur les apprentissages moteurs. De façon triviale, on peut être sceptique sur l’apport d’une capsule vidéo pour « faire apprendre l’élève » pris dans les sensations et les émotions qu’impliquent la pratique physique.

 

Apporter un feedback

Poursuivons notre exploration des classes inversées en EPS en nous tournant vers les collègues qui vont réutiliser ce qui est fait par les élèves d’une leçon à l’autre. Le temps de pratique de l’élève est une priorité de tout enseignant d’EPS. Dès lors, l’organisation d’une séance cherche à éliminer les temps morts et plus largement les temps « non moteurs ». Toutefois, certains de ces temps sont primordiaux, comme les retours, les corrections, les feedbacks. La démarche de classe inversée s’avère, dans ce cas, un outil pertinent pour gagner en temps moteur et en précision sur les feedback. L’utilisation de la vidéo permet de capter des images qui pourront être commentées puis partager aux élèves. Le feedback est donc distillé dans le temps de la leçon, dans le temps entre les leçons et dans le temps de la leçon suivante. La vidéo permet également de voir des détails parfois inaccessible à l’oeil nu. C’est d’autant plus le cas que des outils spécifiques existent pour analyser les vidéos : annotations, image par image, comparaison. Dans les activités conçues pour être vues et jugées par exemple, il peut être intéressant de revenir en détails sur les productions des élèves. Il est même possible de mettre à contribution les élèves en leur donnant accès à leur propre production qu’ils devront annoter ou commenter pour repérer leurs points forts et leurs points faibles à retravailler au cours de la séance suivante.

 

Ce dispositif alternatif d’inversion de la classe permet également de faire sortir la leçon d’EPS de son cadre en la prolongeant, dans la mesure où les élèves vont devoir analyser leur pratique pour la corriger a posteriori. Les capsules vidéo créées seront dans ce cas contextualisées puisqu’elles concerneront l’activité des élèves. Cette forme de classe inversée s’envisage donc à court terme, d’une séance à l’autre et de façon ponctuelle. Il peut être intéressant, en fonction des niveaux de classe et des compétences numériques des élèves, d’impliquer ces derniers dans les analyses vidéos proposées.

 

Faire sortir la leçon d'EPS du gymnase...

Inverser sa classe, c’est aussi et surtout un dispositif qui s’appuie sur le temps relativement  long, celui de l’année scolaire. S’il semble très ambitieux de chercher à inverser toutes les leçons d’une classe, mettre en place une continuité semble très important afin que l’élève se retrouve dans une certaine routine qui l’amènera à consulter le contenu proposé systématiquement. Mettre en ligne une page web pour centraliser les ressources d’un même enseignant pour une même classe est un moyen pertinent d’encourager les élèves à consulter le contenu proposé. Le lien de la page est partagé facilement, à l’aide d’un QR code, d’un lien distribué par mail ou dans le cahier de texte en ligne, aux élèves, aux parents et même aux collègues.

Nous l’avons abordé, il existe une multitude de classe inversée. De plus, certaines activités s’y prêteront mieux, certaines classes y trouveront davantage leur compte. Quoi qu’il en soit, la classe inversée ne doit pas être systématisée en EPS. D’autant plus si l’on raisonne à l’échelle d’un niveau de classe : le métier d’élève peut devenir compliqué lorsque pour chaque leçon, tous les enseignants d’une même classe mettent en ligne une vidéo à consulter. À ce propos il semble indispensable, lorsque plusieurs collègues se lancent dans une classe inversée, de chercher une cohérence dans les modes de diffusion des ressources, capsules vidéo ou autre.

Comme de nombreux autres dispositifs pédagogiques, la classe inverse est un outil de l’enseignant, à utiliser en fonctions d’intentions pédagogiques particulières. En EPS, elles sont dictées par les élèves, mais également par les activités physiques pratiquées. Inverser la classe permet d’engager les élèves de façon plus suivie et de les amener à une pratique physique raisonnée, qui s’appuie sur des connaissances. C’est aussi un moyen de valoriser les élèves en montrant leurs réussites. Enfin, c’est une possibilité de montrer à l’ensemble de la communauté éducative ce qui est fait au quotidien en EPS.

 

Quels outils ?

Les vidéos utilisées en classe inversée (souvent appelées capsules) doivent, pour fonctionner, répondre à plusieurs critères. Elles doivent être contextualisées, personnalisées et rythmées. De plus, leur durée ne doit pas excéder les 3 minutes. Dans ces conditions, il est difficile pour l’enseignant qui veut se lancer dans une classe inversée de réutiliser des capsules réalisées par un collègue. Il faut donc très souvent créer ses propres capsules. Ce qui peut faire peur de prime abord. Au delà du temps nécessaire à la réalisation d’une capsule, certains collègues ne sont pas à l’aise avec l'idée de se filmer pour se montrer aux élèves. Et on les comprend.

Pour se lancer, certains outils permettent de réaliser très facilement des capsules vidéos sans se montrer. C’est notamment le cas de la suite « Adobe Spark », gratuite, et disponible en ligne et sous forme d’application mobile. Adobe Spark Video permet de réaliser de courtes vidéos à la manière d’un diaporama sur lequel on va facilement pouvoir ajouter texte, image et surtout pictogrammes. On enregistre ensuite sa voix pour commenter chaque diapo. Il ne reste plus qu’à choisir un thème et une musique et tout le reste est automatique. Ainsi l’enseignant s’occupe uniquement du contenu, et pas de l’enrobage. Une fois exportée, les vidéos sont récupérées sur le disque dur ou l’appareil mobile mais il est également possible de les stocker sur les serveurs d’Adobe. 

Créer une capsule avec Adobe Spark Vidéo

Adobe Spark Page

Une fois votre capsule créée, se pose la question de l’accès aux élèves. Le module « Adobe Spark Page » de la même suite « Adobe Spark » permet de générer (toujours gratuitement) une page web unique sur laquelle il est très simple d’ajouter texte, images et vidéos. Là encore, on ne soucie que du contenu et le design dépend du thème que l’on choisit. La page peut évoluer au fil des mises à jour, sans changer d’adresse. Ainsi, il est très simple de communiquer aux élèves et aux parents l’adresse de la page vide en début d’année pour l’alimenter ensuite. Créer un cahier numérique d’EPS devient un jeu d’enfant !